La Pervenche de Madagascar

La formidable histoire de la pervenche tropicale, ou pervenche de Madagascar, par N. Barondiot

De tous temps, les plantes ont été utilisées par l’homme pour leurs vertus thérapeutiques. Les principes actifs issus des plantes ont joué un rôle important dans les progrès de la médecine et notamment au niveau des chimiothérapies. L’un des premiers succès rencontrés dans ce domaine, dont une partie est le fruit du hasard, résulte de l’étude de la pervenche tropicale ou pervenche de Madagascar.

Sur le plan botanique, la pervenche tropicale, ou Catharantus roseus, est une plante herbacée de la famille des Apocynacées. Originaire de Madagascar, on la trouve aussi dans toutes les zones tropicales de la planète (Inde, Brésil, Caraïbes). Cette plante vivace, si discrète, si banale et très répandue sous les tropiques, est en fait une plante médicinale possédant des vertus thérapeutiques hors du commun. Comme toutes les espèces de sa famille, son feuillage est très toxique car il contient de nombreux alcaloïdes capables de lutter contre certaines formes de cancers.

Pervenche de Madagascar
Pervenche de Madagascar

Une planté utilisée en médecine traditionnelle

Depuis très longtemps, les Malgaches utilisaient la pervenche tropicale (feuilles broyées sous forme de décoction) pour ses propriétés « coupe faim »,  mais aussi pour ses propriétés curatives : purgatif, vermifuge, désinfection des plaies, traitement des piqûres d’insectes et pour son action antipaludique et diurétique en infusion. D’autre part, la pervenche tropicale était connue comme médicament du diabète et de l’hypertension.

La pervenche tropicale, une plante pour vaincre le cancer

Le secret de la découverte de ses effets sur les cancers : une bonne dose d'observation et une petite part de hasard. Dans les années 1940, à Madagascar, des scientifiques constatent que les indigènes, lorsqu'ils partent pour de longs voyages en bateau, prennent avec eux des feuilles de pervenche. Feuilles qui ont la propriété de couper l'appétit et permettent donc d'emporter moins de vivres. Or nous sommes alors à l'époque où l'insuline vient d'être découverte. Si cette plante diminue l'appétit, se disent les chercheurs, n'est- ce pas, en fait parce qu'elle fait entrer du sucre dans les cellules? Partant de cette hypothèse un endocrinologue canadien, le Professeur NOBLE tente, à partir de la pervenche d’explorer ces supposées propriétés antidiabétiques. A sa grande surprise, à défaut de guérir le diabète, ce médicament à base de pervenche a le pouvoir de tuer les globules blancs.

Quand la recherche sur le diabète mène à des principes actifs anticancers

Changeant d'orientation, l’équipe du Pr NOBLE décide de vérifier l'activité de la pervenche sur des leucémies, où les globules blancs sont en surnombre. Cette deuxième voie se révèle fructueuse : les scientifiques découvrent que la pervenche contient des alcaloïdes cytotoxiques (pouvant tuer les cellules) et isolent la vinblastine et la vincristine. Ces deux vinca-alcaloïdes seront mis sur le marché en 1963 et 1983 pour traiter certaines leucémies et tumeurs.
Cette nouvelle thérapeutique pose rapidement des problèmes d’approvisionnement car la teneur en produits actifs est très faible, de l’ordre de quelques grammes par tonne de feuilles sèches.
Dès lors une compétition scientifique s’engage entre les chimistes du monde entier pour reproduire ces précieux alcaloïdes aux structures fort complexes. C’est le chimiste français Pierre POTIER qui y parviendra le premier en 1974, dans son laboratoire de l’institut de chimie des substances naturelles (CNRS) de Gif sur Yvette. Il réussit à synthétiser le précurseur naturel de ces alcaloïdes. Au cours de ses travaux, il repère un produit minoritaire absolument inédit et très actif, la vinorelbine.

Une collaboration étroite entre le CNRS et les Laboratoires Pierre Fabre

Afin de passer de l'étape "recherche" à l'étape "développement" du médicament, le CNRS doit donc trouver un partenaire. Sous l'influence du Pr POTIER, l'organisme public se rapproche des Laboratoires Pierre Fabre, connus pour leur savoir-faire en matière de plantes. Le groupe décide, en 1982, de se lancer dans l'aventure. Les premiers essais précliniques démontrent l'activité de la molécule sur les tumeurs "solides"  notamment celles du poumon et du sein. Ce qui décide le groupe, en 1984, à passer aux essais cliniques. L’autorisation de mise sur le marché (AMM) est obtenue en 1989 pour le cancer du poumon. Celle pour le cancer du sein sera obtenue deux ans plus tard.
Depuis, la vinorelbine est enregistrée dans plus de 80 pays et plus de 1,7 millions de patients ont reçu le traitement depuis sa mise sur le marché.

Chaine de production de la forme injectable de le vinorelbine
Chaine de production de la forme injectable de la vinorelbine

Mais, l'histoire de la pervenche tropicale ne s'arrête pas là...

Au delà de sa réussite mondiale dans le cancer du poumon et dans le cancer du sein, de nouveaux développements ont été entrepris afin d’améliorer le confort du patient : une forme orale de vinorelbine est disponible depuis 2001. Elle présente l’avantage d’atteindre les  mêmes concentrations sanguines que la forme intraveineuse. Mais, cette nouvelle forme va bouleverser complètement les habitudes de traitement, en évitant les hospitalisations répétées et en réduisant certains inconvénients majeurs de la chimiothérapie intraveineuse (ponction veineuse, temps passé à l’hôpital, conséquences sur la vie familiale).

Forts de leur expertise en matière de cancérologie, les Laboratoires Pierre Fabre décident de prolonger l’aventure avec la Pervenche tropicale en mettant au point un nouvel alcaloïde, la vinflunine qui vient de recevoir une AMM dans le cancer de la vessie en seconde intention.
Cette nouvelle chimiothérapie va permettre d’améliorer la survie globale des patients souffrant d’un cancer de la vessie métastasique.

 

Source: Le Leem

Mise à jour le 30/04/2010

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